Présentation

A partir de l’année 2008-09 le séminaire travaille de manière monographique sur le Grand Paris en fondant l’Observatoire du Grand Paris (OGP), une equipe de chercheurs du LAA et des étudiants de master

Thématique générale:

Dans ce séminaire on travaillera de manière interdisciplinaire sur cette thématique pour montrer la complexité du phénomène que nous sommes entrain de vivre et comment celui-ci trouve sa «traduction» spatiale. Différents cas d’étude pourront montrer les différentes manières d’approcher la question du site aujourd’hui dans un monde dit mondialisé.

Depuis environ deux décennies, la question des relations entre territoires et identités est au centre d’un débat qui intéresse les sciences sociales, et notamment l’anthropologie, tant d’un point de vue épistémologique que méthodologique : à l’époque de la mondialisation, des territoires différents préfigurent-ils des identités culturelles spécifiques et réciproquement des identités distinctes appellent-elles des territoires spécifiques ?

La méthode utilisée par les anthropologues pour la production de leurs savoirs a longtemps été celle de l’« étude détaillée d’une aire délimitée». Pendant plusieurs décennies, cette méthode s’est transmise à travers les générations de chercheurs de façon presque dogmatique et s’est ainsi transformée en une conception scientifique du monde selon laquelle un espace géographique, une société et une culture constituent des entités qui se correspondent de manière parfaite. Aujourd’hui, une telle correspondance entre territoire et identité collective ne peut plus être donnée pour sûre. L’idée selon laquelle chaque groupe humain et ses productions culturelles serait localisé dans un espace circonscrit et cloisonné se heurte souvent à la réalité d’existences vécues dans plusieurs pays, à des réseaux de contact culturel et d’échange économique développés, parfois depuis plusieurs siècles, sur des territoires très vastes et «pluriculturels», sans oublier le fait que les médias électroniques permettent à de nombreux groupes et individus de cultiver des sentiments d’appartenance à des «communautés imaginées» qui transcendent les frontières matérielles. Cependant, si beaucoup de travaux ethnographiques montrent que, dans les mondes contemporains, la dislocation – qu’elle soit matérielle ou «virtuelle» – constitue l’un des facteurs principaux de la production du sens, force est de constater que ces mouvements impliquent des espaces de départ, de transit et d’arrivée qui sont souvent chargés de valeur symbolique et imaginaire. Dans ces lieux – et même dans ceux que l’on serait tenté de définir, de l’extérieur, comme des « non-lieux» – les identités et les relations se créent et se transforment de manière originale.

Il nous semble aussi important de rappeler que parmi nos contemporains, nombreux sont ceux qui vivent toute leur vie au même endroit, au sein d’une communauté relativement stable, et qu’une bonne partie de la population de la planète n’a pas accès aux médias électroniques. La mondialisation, alors, concernerait seulement certains secteurs du social, même dans les pays qui en sont le pivot. D’auprès Jonathan Friedman, tout le monde n’a pas « un passé local» ni « un présent global» . Nos contemporains n’ont pas tous cette vision « aérienne » du monde qui fait apparaître la planète « comme un bazar multiethnique » en dislocation perpétuelle et que Friedman attribue à la « vulgate transnationaliste». Pour beaucoup de groupes humains, les identités se construisent même aujourd’hui essentiellement dans une dimension territorialisée. Le local produit encore de la culture, du sentiment d’appartenance et des interprétations du monde même quand il est traversé et en partie façonné par des « flux de culture globale ». Ces derniers, réélaborés et « traduits » là où ils « atterrissent » fournissent des matériaux symboliques qui souvent contribuent au renouveau des cultures locales et à la permanence de leur spécificité. Le fait que les populations qui occupent un lieu singulier, où elles vivent et construisent un monde singulier, sont totalement intégrées dans un système plus vaste n‘est pas contradictoire avec le fait qu’elles construisent leur monde là où elles se trouvent et avec les individus qui font partie de leur vie locale. La dimension spatiale constitue un support identitaire privilégié, même dans le contexte des mondes contemporains, et si dans beaucoup de cas il y a eu un bouleversement des anciens cadres de référence spatiaux, c’est précisément celui-ci qui nous pousse à regarder de près et à analyser les nouvelles articulations entre le spatial et le social qui sont élaborées et qui mettent en question les formes classiques, les dépassent et les transforment.

Publicités



%d blogueurs aiment cette page :